Gwenaëlle Lelardeux, créer et transmettre les arts graphiques
Gwenaëlle Lelardeux a créé en 2022 l'atelier Riso Eticc puis plus récemment l'espace de création Maison Graphique. Deux entreprises aujourd'hui installées et reconnues dans le paysage culturel et artistique local. Rencontre avec cette mancelle d'origine et de cœur, diplômée de TALM-Le Mans.
Entretien
Équipe communication - Gwenaëlle, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?
Gwenaëlle Lelardeux – Je suis née au Mans et j’y vis encore aujourd’hui. Je suis passionnée par l’art depuis le plus jeune âge (une de mes tantes m'a fait découvrir la peinture, le théâtre… et une ville - Allonnes - qui développait plein d’activités artistiques pour les enfants).
Petite, j’étais passionnée par la pub à la TV, je disais que je voulais devenir directrice artistique dans la publicité ! Ma mère s’est renseignée des études qu’il fallait faire. J'ai donc fait un BAC arts appliqués, avant d’intégrer une école des beaux arts dans l’idée de poursuivre en option design graphique.
Après une première année à Toulouse, je suis revenue au Mans, à TALM, en seconde année option art.
Pendant mes études, j’ai toujours eu la volonté de mixer les médiums et de travailler sur les questions liées à la fabrique de l’image, avec un travail d’installation qui mêlait vidéo, photographie et travail sonore. La question de l’espace public et du parcours urbain faisait aussi parti des sujets que j’abordais.
Mon cursus en art ne m’a pas éloignée du design graphique, il m’a plutôt amenée à l’aborder avec une approche plus plastique, critique et politique.
Après un refus pour une résidence post DNSEP, j’ai créé mon statut d’artiste-auteure pour commencer à répondre à des demandes de création en vidéo et plus tard en graphisme. J’ai toujours travaillé dans les secteurs culturel, associatif et publique. Les dimensions d'intérêt public et de valorisation de projets culturels m’ont toujours tenu à cœur.
Progressivement, on a commencé à me proposer des missions de consulting en communication culturelle et en gestion de projet de com’. Alors pour faire valoir ces compétences, j’ai eu envie de reprendre mes études. J’ai donc obtenu un Master 2, Pro Communication des Collectivités Territoriales au Celsa Paris Sorbonne en 2014.
Ces études universitaires m’ont permis de développer un travail de recherche passionnant sur les relations entre attractivité des territoires et valorisation des projets d’art urbain - lien entre enjeux politiques, artistiques et d’appropriation du territoire. J'ai pu faire un lien concret avec tout ce que j’avais initié pendant mes études à TALM et reprendre contact avec des enseignants (Dettie Flynn et Michel Dupuis).
Il y a 5 ans, j’ai eu envie de revenir davantage à la pratique et à la dimension artistique de mon activité. J’ai repris un travail d’illustration un peu endormi, puis j’ai ouvert un atelier d’impression en risographie. Dernièrement je me suis lancée dans un nouveau projet ouvert au public. Mon envie avec Maison Graphique : offrir les conditions pour Créer - Transmettre et Diffuser les arts graphiques.
EC – Pourquoi as-tu-choisi TALM - Le Mans pour étudier ?
GL – Je suis revenue au Mans pour des raisons personnelles plus que par choix. Pourtant, j’y ai trouvé ce qu’il me manquait à Toulouse : de très bons équipements photo et vidéo avec un véritable accompagnement des techniciens. Pendant mes études, j’ai eu l’impression de monter en compétences techniques - ce qui m’a beaucoup aidé par la suite.
Quand on est originaire du Mans, on a envie de quitter la ville pour aller vers des villes qui ont une offre culturelle plus riche. Mais finalement, quand on compare les écoles, TALM était à, mon époque bien mieux équipée pour ce que je souhaitais développer.
EC – Durant tes études à TALM-Le Mans, qu'est-ce qui t'a le plus marqué ?
GL – Le sous-sol a été mon antre pendant mes quatre années à l'école. Entre les labos argentiques et les salles de montage vidéo… je garde un souvenir marquant des techniciens passionnés qui étaient toujours partant pour pousser nos idées les plus folles et nous sortir des pépites de matériel analogique !
Le voyage de quatrième année aura également été un fait marquant avec un stage de 6 mois dans une galerie d’art contemporain au Cameroun.
Il y a eu aussi l'exposition des diplômés de 5e année « In The Mix » autour d’une performance live vidéo - son - painting qui reflétait pleinement la diversité de nos approches et pratiques.
EC – Comment s'est passée le passage des études à la vie professionnelle ?
GL – Mon refus pour une résidence et le temps passé à monter le dossier et l’absence de rémunération pendant ce temps m’ont un peu refroidit à poursuivre une production artistique.
J’ai toujours travaillé pendant mon cursus aux beaux arts (en tant que professeure vacataire ou intervenante en arts plastiques dans des associations) et j’étais très impliquée dans le milieu culturel associatif (festival, exposition…), donc je pense que c’est ce qui m’a permis de travailler en freelance tout de suite après l’obtention de mon diplôme. J’avais le réseau et dans une ville comme Le Mans, je pense que c’est très important.
EC – Peux-tu présenter ton métier actuel ?
GL – Aujourd’hui, mon activité est tellement hybride. Je partage mon temps entre graphisme, formation, enseignement, médiation, impression en risographie, production artistique, gestion du projet, commissaire d’exposition, accompagnement de structures...
Cette pluralité est sans doute un des héritage de études en école d’art.
EC – Dans quels espaces de travail évolues-tu ?
GL – Je travailles principalement à Maison Graphique qui est à la fois l’atelier d’impression — d’exposition — de création — de médiation , mais aussi dans les établissements où j’enseigne et anime des ateliers avec les scolaires.
EC – Que t'a apporté la formation spécifique d'une école d'art ?
GL – Je dirais qu'elle m'a permis d’être hybride et polyvalente, d’avoir une connaissance et une vision de ce que nécessite le processus de création - l’importance et surtout, la compréhension des enjeux artistiques. A l’heure actuelle, je trouve ça hyper important que le fond continu d’importer autant que la forme !
Ce cursus m’a poussé à inventer mon propre cadre professionnel et à comprendre les enjeux de la création, tout en étant capable de faire dialoguer les disciplines.
EC – Tu es restée sur le territoire manceau, pourquoi ce choix ?
GL – Pour des raisons familiales mais aussi pour le réseau. Le Mans offre un équilibre intéressant : une échelle humaine qui facilite les rencontres de différents acteurs et un positionnement géographique qui permet de rayonner facilement vers d’autres scènes artistiques. Un accès direct du Mans vers Nantes, Rennes mais aussi Bruxelles, Marseille… qui m’offre l’opportunité de riches collaborations.
EC – En tant que professionnelle, quels conseils donnerais-tu aux jeunes diplômé·es d’école d’art ?
GL – De ne pas attendre le diplôme pour développer des projets personnels, collaborer, exposer ou créer des réseaux. La vie professionnelle se construit à mon avis dès la troisième année.