Aliette Boyer, de Nantes à Malicorne
Entre résidence et exposition
De mars et juin, Aliette Boyer, diplômée du DNSEP Art mention MAGMA de TALM-Le Mans en 2024, a effectué une résidence au sein du collectif BONUS à Nantes, proposé en partenariat avec TALM-Le Mans, dans le cadre du dispositif Les Affluentes. Ces 4 mois se concluent par une exposition à Malicorne, en Sarthe.
Entretien
Équipe communication - Aliette, peux-tu te présenter, ainsi que ton parcours ?
Aliette Boyer - Je suis artiste-auteurice, je travaille la céramique, la peinture et le pastel à l'huile ainsi que l'écriture. Je mène un travail autour des questions de territoire à travers l’enquête de terrain. Ces recherches s’appuient sur mes cheminements au sein du paysage et les discussions (blabla) souvent fortuites avec ses habitant·es ou avec des professionnel·les de la biodiversité. La démarche de co-création est centrale dans ma pratique, elle se crée autour de grandes tablées ou dans la manipulation d’objets usuels.
Mes matériaux sont issus de l’environnement proche, parfois pour créer des repas (croccroc), lieux essentiels du partage. Ils amènent aux histoires, au partage de techniques. Bob Elliott les décrit comme de "grands rites participatoires". Des temps de paix et d’égalité, hors du temps, où se fait le collectif.
J'ai commencé mes études par une licence en cinéma à Caen avant d'entrer aux beaux-arts à l'Esam (Caen). J'ai entendu parler du DNSEP MAGMA par hasard. Je voulais travailler avec l'argile et sur l'objet usuel, c'était le bon endroit.
EC - Lors de tes études à TALM, quels ont été les temps les plus marquants pour toi ?
AB - Il y a eu beaucoup de liberté d'expérimentation en céramique, j'ai pu apprendre beaucoup de choses sur l'argile et tout ce qu'on peut y mélanger, y étaler. Ça n'est pas possible dans toutes les écoles, des cailloux dans un four, de la cendre, du sable. Nous sommes très bien accompagnés dans l'atelier céramique, Olivier* a beaucoup de connaissances en la matière. J'ai aussi pu partir en stage dans des fermes ou j'ai appris à faire du pain de pleins de manières, la cuisine avec des cuisiniers et beaucoup de semis.
EC - Comment s’est passée la transition entre le statut d’étudiante à l’école et celui d’artiste en résidence ?
AB -Le programme de résidence Les Affluentes, proposé par TALM, a beaucoup aidé. J'ai eu la chance de bénéficier d'une première résidence l'année qui a suivie l'obtention de mon DNSEP, et d'une seconde l'année suivante. En ce moment. La résidence rend les projets plus concrets, avec une date de fin, un lieu de travail qui n'est pas mon salon, une exposition, etc.
EC - Quel est l'objectif de ta résidence ?
AB - Cette fois-ci, je voulais développer ma pratique, inexistante jusqu'ici, de la peinture à l'huile. Pendant mon DNSEP j'ai surtout fait de la céramique mais je ne peux pas toujours avoir accès à un four. Je me sers de beaucoup d'huile, j'ai choisi cette peinture pour me rapprocher de l'émail. Il y a une proximité dans la manière qu'ont les couleurs de se rencontrer. Le tissu sur lequel je peint me permet aussi de continuer à travailler le volume et l'objet usuel en passant par la couture.
Actuellement, je suis en train de peindre une tresse qui se porte en foulard. Elle sera constituée de plusieurs panneaux et remplie pour obtenir le volume qu'auraient des cheveux.
EC - Peux-tu nous parler de ton travail et ce que ce que t'a apporté cette résidence ?
AB - En ce moment, je travaille sur les cours d'eau, et à BONUS, sur la Loire qui déborde. Sur la mer qui vient remplir les terres et rencontrer le fleuve et la relation des humains et non humains à ce nouveau territoire. Comment habite-t-on ce paysage qui se remplit régulièrement d'eau ? Il y est question de maisons qui se déplacent, du succès croissant des bottes de pluie et de la fabrication de clochettes que le fleuve fait
lui-même sonner.
EC - Quels sont tes projets à l'issu de cette résidence ?
AB - Je travaille sur une exposition au musée de la faïence et de la céramique de Malicorne sur Sarthe qui restera visible du 26 juin au 20 septembre. C'est le résultat de ma résidence précédente, j'y ai fait des sifflets qui se plongent dans l'eau pour raconter des histoires.
* Olivier Chouteau est assistant d'enseignement, en charge de l'atelier céramique à TALM-Le Mans.