Concevoir un nouveau lieu de vie collective à l'EPSM
Entre janvier et mai, les élèves en 2e année option Design ont planché sur un projet à taille réelle. L'objectif : repenser la cafétéria de l'Établissement public de santé mentale (EPSM) de la Sarthe, réalisée en 1968.
L'ambition n'est pas des moindres : voici les 20 étudiant·es plongé·es dans un environnement inconnu, où les attentes sont grandes pour retrouver un vrai lieu de vie collective. Situé à Allonnes, l'EPSM de la Sarthe est un petit village dans la ville, selon les termes d'Amaël Bougard, professeur en design à l'école, à l'origine de ce partenariat :
"L'EPSM souhaite repenser ses services liés à l'accueil des patients, notamment la cafétéria, pour la rendre plus attractive. Quand on voit le nombre de patients présents sur le site et ceux qui l'utilisent de manière effective, on comprend qu'elle est sous-exploitée".
C'est pourtant un lieu névralgique, pour les patients mais aussi les soignants et les visiteurs. On peut venir y prendre un café, regarder la télé, discuter et même faire de petites courses.
Prendre le large
Devant leurs maquettes et leurs modélisations 3D, Matéo, Envel, Antonin et Achille souhaitent permettre aux usagers de voyager au sein du lieu à réinventer. Les voiles des bateaux sont leur source d'inspiration :
"Avec le déploiement de voilages, on pourra créer des espaces plus ou moins grands. Cela permettra d'isoler phonétiquement, de la chaleur ou visuellement et récréer des espaces d'intimité avec quelque chose de léger. Aujourd'hui, c'est un espace hyper ouvert, donc les patients qui reçoivent leur famille ne peuvent pas s'isoler".
Les quatre étudiants ont à cœur de rendre ce lieu aux usagers et leur permettre de se le réapproprier :
"Le seul lien social qu'ils peuvent avoir c'est à la cafétéria, et qui rappelle un peu la vie extérieure, en dehors de leur traitement".
À travers leur projet, ils veulent faire revenir la lumière dans l'espace et apporter de la couleur, et ainsi transformer l'atmosphère, marquée par la présence du béton et des nombreux claustras en bois foncé. Pour y remettre de la vie, ils souhaitent aussi y favoriser la présence d'évènements : modulable grâce aux voiles rétractables, le lieu pourra être réorganisé selon les besoins.
Aller à la rencontre des autres
Pour faire émerger ces idées, il faut d'abord comprendre les besoins. Comme leurs camarades, Lou Ann, Morgane, Axelle, Romane et Camille ont d'abord observé la circulation des personnes, l'organisation du lieu et ses espaces dédiés. Est venue ensuite l'étape des entretiens :
"Nous avons mené des entretiens dirigés mais on n'a pas hésité non plus à engager la conversation, tant avec les soignants, que les cadres ou les patients. C'est ce qui donne du sens à notre pratique : on va vers l'autre pour en sortir quelque chose et répondre à une problématique. Ici, on est dans un design social : il faut de l'empathie et chercher à apporter quelque chose d'utile, dans un milieu très normé, celui de l'hôpital".
Dessins, croquis, modélisations 3D, maquettes d'intentions : tous les outils du designer sont convoqués par les étudiant·es pour donner forme à leurs idées. Lou Ann et son équipe ont voulu créer un espace accueillant, convivial et festif, où "tout le monde a sa place". Elles ont donc retenu le thème de la guiguette, créant une porosité entre espace intérieur et extérieur, avec des meubles déplaçables, multipliant les usages.
Se professionnaliser
Cette expérience marque les étudiant·es : les voilà amené·es à répondre à une vraie commande, où le besoin est bien réel. Ils·elles sont amené·es à appréhender les questions de coûts, le choix des matériaux, les délais de travaux. Leurs échanges avec les usagers ont aussi été enrichissants :
"On se dit qu'on peut aider à notre échelle et faire vivre autre chose à des gens qui n'ont peut-être pas la chance de pouvoir aller ailleurs", conclue Achille.
Toutes et tous espèrent une chose maintenant, être sélectionné·es pour poursuivre leurs projets.