Maëlle Ledauphin, artiste plasticienne
Rencontre avec nos ALUMNI
Que ce soient les candidat·es au concours d'entrée à TALM, leurs parents ou le grand public, beaucoup se questionnent sur le devenir des diplômé·es en école supérieure d'art et de design. Intégrer ce que l'on nommait autrefois Beaux-Arts, ou la promesse d'un enseignement riche et émancipateur, oui mais pour quel avenir ?
Depuis plusieurs années, TALM poursuit son engagement en faveur de l'insertion de ses diplômé·es dans les métiers artistiques et du design. À travers de nombreux dispositifs de professionnalisation, nous accompagnons nos étudiant·es tout au long de leur formation : stages, séminaires, rencontres professionnelles, ateliers thématiques, etc.
Aujourd'hui, nous vous proposons de découvrir le parcours de Maëlle Ledauphin, diplômée du DNSEP Art de TALM-Le Mans en 2024.
Entretien
Équipe communication - Maëlle, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?
Maëlle Ledauphin : Je suis artiste plasticienne, ma pratique est principalement tournée autour du dessin et de la peinture. Diplômée de TALM-Le Mans depuis 2024, je suis née à Marseille où j'ai intégré l'école des Beaux-arts.
J'ai découvert l'existence de ces écoles un peu par hasard, en voyant la campagne de communication autour des journées portes ouvertes dans le métro marseillais. À l'époque j'avais déjà un début de pratique artistique et je me suis donc rendue à cet évènement avec deux amies. Ça a été un déclic total en découvrant l'école : dans les calanques de Luminy, les grands ateliers lumineux, il y régnait une véritable énergie d'émulation et de création. J'y suis allée en ignorant l'existence de ce genre d'école, j'ai su ensuite que c'était exactement ce dont je rêvais.
EC - Pourquoi as-tu-choisi TALM ?
ML - Après plusieurs expériences dans différentes écoles (Marseille puis Aix-en-Provence) et même par l'université (archéologie, histoire de l'art), je me suis trouvée à un moment délicat dans une école qui ne me plaisait pas du tout. J'ai tenté les concours d'écoles parisiennes, que je n'ai pas réussi, mais je n'en ai pas été si déçue : je ne suis pas sûre que l'ambiance m'aurait plu, ni la sorte de concurrence qui peut y exister entre les élèves, malgré la synergie collective qui y est stimulante.
À cette époque, un ami, Thibault Casteigts, était déjà à TALM-Le Mans et m'en a dit le plus grand bien. Avec mon ami Alexandre Bauchet, nous avons été convaincus et avons passé le concours pour rentrer en 3e année, en distanciel (COVID oblige). Lorsque j'ai été admise, je n'étais même jamais allé dans la ville du Mans !
À TALM-Le Mans, nous avons trouvé exactement ce que nous ne nous trouvions pas dans notre précédente école : une pédagogie souple, une grande liberté dans l'exploration de ses intuitions, des professeur.es à l'écoute des envies et besoins de chacun·es.
EC - Durant tes études à TALM-Le Mans, qu'est-ce qui t'a le plus marqué ?
ML - Ce qui m'a la plus marquée et a changé durablement ma manière de travailler et d'appréhender mes idées en développant une forme d'enquête est l'ARC* Le monde sinon rien, mené par Noémie Sauve, en 2022. J'y ai développé un travail autour d'un tire-lait du Ier siècle présent dans les collections archéologiques du Carré Plantagenêt, au Mans. Je me surprends encore maintenant à avoir de nouvelles idées qui s'inscrivent littéralement dans le prolongement de la réflexion autour de cet objet.
EC - Une fois diplômée, TALM a soutenu ton travail avec le dispositif de résidences Les Affluentes. Peux-tu nous parler de ta résidence à l’Abbaye de Fontevraud ?
ML - Une fois diplômée, j'ai proposé à mes professeur·es un projet de résidence autour de la figure du gisant. Naturellement, l'idée de l'inscrire dans le cadre d'un partenariat avec l'Abbaye Royale de Fontevraud est venue assez spontanément car les gisants présents dans l'église abbatiale y occupent une place importante. Je suis alors entrée en contact avec leur directeur artistique. Il m'a laissé le choix entre deux possibilités : mener mes recherches autour des gisants, l'Abbaye mettant à ma disposition un atelier et un lieu où loger, ou produire des œuvres autour du fondateur de l'Abbaye, Robert d'Arbrissel, pour les exposer dans le cadre de leur programmation, en étant logée sur place avec un atelier à disposition. Je n'espérais pas tant et j'ai donc accepté immédiatement la deuxième proposition !
Je suis très heureuse d'avoir eu cette première expérience de résidence, dans un cadre si impressionnant. Ce fut un moment de création très intense.
EC - Que t’a apporté cette résidence ?
ML - L'Abbaye de Fontevraud est un endroit réputé, c'est donc un point positif d'avoir pu y bénéficier d'une résidence. Cela m'a permis de rencontrer des gens qui suivront peut-être de près ou de loin mon travail à l'avenir, c'est toujours dur de mesurer les répercussions dans l'immédiat. En tout cas, cela m'a permis de découvrir la constitution de A à Z d'une exposition dans un lieu de cette échelle, en travaillant avec une équipe dédiée.
EC - 2025 a été une année riche en projets pour toi ! Peux-tu nous parler des expositions que tu as réalisées à la Galerie Double V à Marseille, au centre d’art de Piacé le Radieux et à Novembre à Vitry ?
En effet, j'ai eu la chance d'avoir une année post-diplôme bien remplie ! J'ai été invitée à participer à une exposition collective réunissant une trentaine d'artistes à la galerie Double V à Paris, puis pour un second volet à Marseille. Les ventes de l'exposition étaient en partie reversées à des instituts de recherche médicale.
En avril dernier, j'ai aussi réalisé ma toute première exposition personnelle, invitée par Nicolas Hérisson à investir la Grange noire, le Kub d'Or et le Moulin à Piacé (72). Le texte de l'exposition a été confié à David Liaudet, professeur de gravure à TALM-Le Mans. À cette occasion, j'ai réalisé des éditions de dessins et des gravures spécialement produites pour l'exposition. J'ai particulièrement apprécié de construire l'accrochage avec Nicolas Hérisson, en essayant des choses au regard des singularités des espaces.
J'ai été sélectionnée pour participer à la nouvelle édition de Novembre à Vitry, une exposition de peinture ayant lieu tous les ans à Vitry-sur-Seine. J'exposais aux côtés d'une vingtaine d'artistes, dont Raphaël Quentin, diplômé de TALM-Le mans en 2024.
EC - Quels sont tes projets ou tes actualités pour l’année à venir ?
ML - Je prépare une exposition qui aura lieu cet été au centre d'art du Carré, à Château-Gontier en Mayenne, dans le cadre d'une biennale d'art contemporain réunissant d'autres artistes dans divers lieux de la ville. Je reviens également d'une semaine de résidence au Carré-Plantagenet, toujours dans le cadre d'un partenariat mis en place à l'occasion de la résidence Les Affluentes.
J'ai d'autres projets d'expositions en construction mais pour l'instant, je ne peux pas en dire plus !
EC - La question de l’espace de travail est primordiale pour les artistes. Aujourd’hui où es-tu installée ?
À Paris, depuis août 2025. J'ai eu la chance de trouver très facilement un espace d'atelier situé à St-Ouen, dans un collectif qui rassemble une dizaine d'artistes et qui s'appelle Contours. Je trouve important le fait de partager cet espace de travail avec d'autres artistes. En revanche, depuis novembre et jusqu'à fin avril, je suis en résidence dans un atelier situé rue Richelieu, dans le centre de Paris (à 10 minutes du Louvre !), il s'agit de la Drawing Factory 2. C'est une occupation temporaire d'un immeuble avant sa réhabilitation en hôtel, mise en place par la Drawing society qui gère aussi la foire Drawing Now et le centre d'art Drawing Lab.
ML- En tant que jeune artiste, quels conseils donnerais-tu aux jeunes diplômé·es d’école d’art ?
ML - Etant moi-même encore jeune diplômée d'école d'art, je ne pense pas avoir de grands conseils à donner. Je découvre encore comment organiser la vie "après-école", comment composer au quotidien avec tout un tas d'activités me permettant de poursuivre ma pratique artistique : ainsi, je donne des ateliers dans des écoles, dans une MJC, je suis l'assistante d'une artiste en plus de devoir gérer des choses relatives à l'activité d'artiste-autrice (facturation, communication, constitution de dossier pour des bourses ou résidences, etc.).
En répondant à ce genre de question, on mentionne très souvent la difficulté de toute la partie matérielle, ainsi que la visibilité, et ce n'est pas à tort. J'ai l'impression qu'on oublie souvent de rappeler que la poursuite de recherches, la place laissée aux questionnements et à l'évolution d'une pratique artistique ne doit pas s'oublier. Je pense qu'il faut souligner l'importance d'être entouré.e de personnes à qui parler et montrer son travail pour permettre de poursuivre un échange perpétuel, tel qu'on peut le connaître en école d'art.
Bien entendu, je parle là du choix de mener une activité d'artiste-auteurice après l'école, mais plein d'autres choses sont possibles...