Massinissa Selmani, artiste plasticien
De Paris à New York, en passant par Londres et Naples, Massinissa Selmani nous partage son parcours depuis l’obtention de son diplôme en 2010 à l’école d’art de Tours.
Entretien
Équipe communication - Massinissa, peux-tu te présenter en quelques mots et nous parler de ton parcours ? Qu’est-ce qui t’a poussé/encouragé à faire des études d’art et à devenir artiste-auteur ?
Massinissa Selmani - Je suis né à Alger (Algérie) en 1980. J’ai d’abord fait des études en informatique en Algérie, avant d’entamer un cursus en art à l’école d’art de Tours en 2005 à l’âge de 25 ans. J’ai toujours été passionné par le dessin et j’ai toujours voulu en faire mon métier.
EC - Pourquoi as-tu-choisi l'école des beaux-arts et plus particulièrement le site de Tours ?
MS - J’avais déjà 24 ans au moment où j’ai décidé de m’inscrire en école d’art. L’école des beaux-arts de Tours était parmi celles qui ne posaient pas de limite d’âge pour candidater. C’est donc la seule école pour laquelle j’ai postulé.
EC - Durant tes études à l'école des beaux-arts, quels ont été les projets, les rencontres, les enseignements ou les temps forts les plus marquants pour toi ?
MS - J’ai particulièrement aimé les deux premières années à l’école des beaux-arts. J’ai pu expérimenter divers médiums. Cela m’a permis de trouver ma voie.
Aussi, Suzanne Lafont (artiste photographe et professeure à l’école d’art de Tours durant une dizaine d’année jusqu’en 2014), qui m’a accompagné lors des années 4 et 5 de mon cursus, a beaucoup compté dans la construction de ma pratique.
EC - Diplômé en 2010, peux-tu revenir sur ton parcours après l’école et nous raconter tes premières années de pratique professionnelle ? Avec le recul, qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?
MS - J’ai eu la chance d’être repéré assez vite après mon diplôme par des acteur·rices du domaine des arts visuels. Dominique Truco, créatrice, dirigeante et commissaire de la biennale de Melle de 2003 à 2015, avait repéré mon travail lors d’une restitution d’un workshop à l’école. En 2011, elle m’a invité à la biennale de Melle où j‘ai eu la chance de faire de belles rencontres. Marc Monsallier, qui a dirigé la galerie Talmart de 2007 à 2014, a été l’un des premiers galeristes à me faire confiance. Grâce à son soutien et celui de Catherine David, ancienne directrice adjointe (2016-2021) du Musée national d’art moderne (MNAM) – Centre Georges Pompidou à Paris, le Centre Pompidou possède six de mes dessins.
En 2014, mon travail a été remarqué lors de ma participation à la biennale de Dakar (Sénégal). L’année suivante, j’ai eu la chance d’être invité à la biennale de Venise (Italie) sous le commissariat d’Okwui Unwezor, poète, critique d'art, commissaire d'exposition et enseignant américano-nigérian. Cette rencontre avec O. Unwezor a complètement changé ma vie en tant qu’artiste. Je le mesure encore aujourd’hui.
Je pourrai également citer la rencontre avec mes galeristes actuels qui me soutiennent depuis de longues années : Selma Feriani Gallery (London/Tunis), Galerie Anne-Sarah Bénichou (Paris), Jane Lombard Gallery (New York), Umberto Di Marino Gallery (Naples).
EC - En 2023, tu étais finaliste du Prix Marcel Duchamp – prix créé en 2000 pour mettre en lumière le foisonnement créatif de la scène artistique française, avec pour ambition de distinguer les artistes les plus représentatifs de leur génération et de promouvoir à l’international la diversité des pratiques aujourd’hui à l’œuvre en France.
Cela constitue une reconnaissance importante dans le parcours d’un artiste. Même si tu n’en as pas été le lauréat, qu’a représenté cette nomination pour toi ? Quelles opportunités ou quelles évolutions dans ton parcours en ont découlé ?
MS - C’était une expérience riche avec la belle opportunité d’exposer au Centre Pompidou. Pour l’anecdote, je me suis retrouvé à accrocher mon travail dans le même espace où fut montrée la magnifique exposition consacrée à l’œuvre de Saul Steinberg, un artiste qui compte énormément pour moi.
Cette nomination du Prix M. Duchamp a évidemment créé une émulation supplémentaire autour de mon travail. L’opportunité la plus concrète est peut-être mon exposition à Aranya Art Center en 2025 : ma première exposition institutionnelle en Chine.
EC - 2026 est une année supplémentaire riche en projets pour toi ! Peux-tu nous parler des expositions que tu as réalisées à la Biennale de Sydney (Australie), au Kent State University (Ohio, USA), à la 11e Biennale internationale d’art contemporain de Melle (79) ?
MS - Pour la biennale de Sydney, j’ai été invité à montrer l’installation intitulée 1000 villages, qui fut montrée la première fois à la biennale de Venise en 2015 et qui a rejoint la collection du Frac (Fonds régionaux d'art contemporain) Centre depuis. Quant à l’exposition au Kent State University, j’ai été invité à montrer une sélection de dessins sur invitation du curateur et historien d’art Joseph Underwood et avec le soutien du Jane Lombard Gallery qui me représente aux États-Unis.
Cette année marque aussi mon retour à la biennale de Melle où presque tout a commencé.
EC - Quels sont tes projets ou tes actualités pour l’année à venir ?
MS - Actuellement, je participe à une exposition collective au SAC - Spațiul de Artă Contemporană de Bucharest en Roumanie. En août 2027, je participe au salon du dessin Paréidolie à Marseille (13) avec la galerie Anne-Sarah Bénichou qui me représente en France depuis 10 ans. Puis, je serai au Milan Drawing Week (Milan, Iltalie) en novembre 2027 avec le soutien de la galerie Umberto Di Marino basée à Naples, avec qui je collabore depuis peu. Je prépare également ma troisième exposition personnelle à la Galerie Selma Feriani à Tunis (Tunisie) prévue au printemps 2027.
EC - La question de l’espace de travail est primordiale pour les artistes. Aujourd’hui où es-tu installé pour travailler ?
MS - Mon atelier est à Tours (37), au cœur du quartier des Halles. Je travaille seul.
EC - En tant qu’artiste quels conseils donnerais-tu aux étudiant·es d’école d’art ?
MS - Je conseillerai de commencer à s’intéresser très tôt à l’écosystème professionnel dans lequel ils veulent évoluer, de profiter de l’environnement de l’école pour tester, et d’expérimenter pour progresser. J’aime également rappeler une chose : les premières œuvres avec lesquelles on commence son parcours, sont celles produites à l’école…