On a déterré une sextape dans les marais…
Exposition collective TALM-Tours x ENSA Bourges
Des étudiant·es de TALM-Tours, en collaboration avec des étudiant·es de l’ENSA Bourges, exposent à la galerie d’art contemporain – La Box de Bourges, du 3 avril au 14 juin 2026.
Une exposition collective du projet de recherche QUEERING THE EXHIBITION – QUEERING THE ARCHIVE
On a déterré une sextape dans les marais… se saisit de l’archive comme d’un enjeu de création. Suivant les pas du philosophe Paul B. Preciado à Bourges, l’exposition part à la recherche de mémoires LGBTQIA+ enfouies. Face aux invisibilisations et répressions des identités non hétéronormées qui ont façonné la mémoire officielle, l’exposition met en avant le potentiel qui naît des bribes, des manques et des interstices. L’archive n’y est pas convoquée en tant que preuve historique et figée d’un passé révolu, elle engage des gestes d’activation qui en font un matériau vivant pour notre présent.
Programmation liée à l’exposition
- Lecture performée d’Andrée Ospina,
Comment bien classer une bibliothèque ? Proposition et études de cas
Vendredi 3 avril à 12h à La Box - Présentation du livre Radio FG, en présence d’Olivier Degorce et François Buot
en collaboration avec la librairie Bifurcations
Jeudi 16 avril à 16h30 à La Bibliothèque de l’ENSA Bourges - Lecture performée du livre Queer, en présence d’Inès et Philippe Liotard
en collaboration avec Antre Peaux
Jeudi 21 mai à 19h à la Chapelle de l’ENSA Bourges - Conférence Find Another Way de Nick Mauss
Mercredi 27 mai à 18h à l’amphithéâtre de l’ENSA Bourges
En 2008, dans son livre Testo Junkie, Paul B. Preciado raconte le filmage d’une sextape en hommage à son ami Guillaume Dustan, dont il apprend la mort dûe au sida. À la fin de l’ouvrage, il écrit : « j’ai enterré la minicassette DV “le jour de ta mort”, dans les jardins des marais, à Bourges ¹ ». Ce document intime apparaît comme le symbole d’une archive queer qui échappe aux institutions au risque de disparaître. Témoignant d’affects forts, il montre la volonté de faire mémoire, tout en refusant de suivre les règles qui président à sa conservation. À la place, le geste de Preciado propose une célébration décomplexée des personnes en marge des normes qui régissent le genre et la sexualité, ainsi que des liens qui peuvent les unir, même au-delà de leur disparition.
C’est à partir de ce point de départ que nous avons dessiné l’exposition. D’un côté, nous nous sommes plongé·es dans les traces laissées par Preciado à Bourges. Entre 2003 et 2013, la présence du philosophe s’inscrit dans une série d’événements organisés avec l’association Emmetrop (aujourd’hui Antre Peaux), souvent en collaboration avec l’ENSA Bourges. Située aux croisements de l’artistique et du militantisme, elle témoigne d’une expérimentation intense des pensées et pratiques queer qui fait de la ville un centre important de leur diffusion en France. Nous ré-investissons aujourd’hui cette histoire peu connue à partir des archives. Leur consultation donne lieu à divers gestes de relecture dans l’exposition, reliant les figures, les questionnements et les actions qui ont pu marquer cette décennie à Bourges et même au-delà, notamment avec le collectif des Panthères roses.
D’un autre côté, nous nous sommes saisi·es du potentiel fictionnel de “la minicassette DV” enterrée. Le récit de Preciado, au sujet de cette archive réalisée, mais aujourd’hui manquante, rejoint de nombreuses problématiques qui touchent les archives LGBTQIA+ et leur conservation. À la suite du mot célèbre de Monique Wittig, « Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente ² », il ouvre également un espace de création pour répondre à l’absence de ces archives. La recherche de ce document a ainsi été un moteur pour réaliser de multiples travaux montrés dans l’exposition et la figure des marais s’est imposée comme un espace à même de relier chacun·e à cette mémoire au-delà du temps.
On a déterré une sextape dans les marais… s’offre comme une forme de restitution du travail mené dans le cadre du projet de recherche Queering the Exhibition – Queering the Archive. Depuis 2024, ce projet s’intéresse aux pratiques liées aux archives LGBTQIA+ et à leur exposition. Une série de séminaires, de workshops et un colloque international ont rassemblé nombre de militant·es, artistes, chercheurs et chercheuses pour travailler sur ces questions. L’exposition s’appuie sur la communauté de recherche qui s’est formée au fil de ses activités. Elle se présente comme une plateforme qui accueille des travaux individuels et collectifs, des étudiant·es et des enseignant·es, des jeunes artistes diplomé·es ayant participé·es au projet (Théoa Ott, Nassim Mahious), des artistes (No Anger) et des militant·es (Panthères roses) qui partagent nos intérêts et même des propositions curatoriales invitées (Andrée Ospina – Collection BBQ, Cesar van Pinsett – Cardinal Collection). En ce sens, elle propose une expérimentation sur le cadre d’exposition qui trouble les hiérarchies d’auctorialité, mais qui se traduit également par une série de dispositifs conduisant à produire de nouvelles archives, à reproduire des documents existants et à les disséminer hors de l’espace de monstration.
Avec la participation de Andrée Ospina (Collection BBQ), Cesar van Pinsett (Cardinal Collection), Les Panthères roses, Nassim Mahious, No Anger, Théoa Ott, des étudiant·es de l’ENSA Bourges et de TALM-Tours et de leurs enseignant·es : Sandra Delacourt, AM Fohr, Frédéric Herbin et Fred Morin (La Morina).
Le projet Queering the Exhibition – Queering the Archive, proposé par Frédéric Herbin, Andreas Maria Fohr (ENSA Bourges), Sandra Delacourt et Fred Morin (TALM-Tours), en collaboration avec Benoît Buquet (InTRu – EA 6301 – Université de Tours), fait partie des lauréats de l’appel à projets RADAR 2024 porté par la Direction générale de la création artistique du Ministère de la Culture.
Projet de recherche Queering the Exhibition – Queering the Archive
Le projet de recherche Queering the Exhibition – Queering the Archive mobilise le champ de pensée et l’agentivité queer pour réenvisager les pratiques de l’exposition et de l’archive. Il s’appuie sur un contexte spécifique : d’une part, l’actualité curatoriale montrant un intérêt des institutions nationales pour les œuvres et thématiques touchant aux identités non hétéronormées, d’autre part, une histoire à documenter des espaces locaux ayant contribué à questionner les normes de genre/sexualité (l’ENSA Bourges, l’association Emmetrop [Antre Peaux], le festival Désir… Désirs et TALM-Tours). Interface entre ces deux dimensions, notre projet porte un regard depuis des géographies marginales sur un mouvement d’abord étasunien et élaboré à partir des grands centres urbains. Il s’attache aux pratiques de collecte, d’identification et de classement constitutives aux fonds d’archives et aux collections, et aux dispositifs de mise en exposition et de médiation, qui construisent autant de discours/récits où œuvres et documents s’inscrivent. Ces techniques qui modèlent les savoirs et leur transmission, dessinent des processus qui peuvent rejoindre ceux de la création contemporaine : prélever, installer, mettre en récit… Nous les confrontons à la possibilité d’un “agir queer”, d’une “ouverture à ce qui dévie” (Ahmed) : testant leur capacité à accueillir sans catégoriser, définir, institutionnaliser des gestes et des manières d’agir autrement et souvent dissidentes.
En savoir plus sur le projet de recherche
¹ Testo Junkie. Sexe, drogue et biopolitique, Paris, Grasset, 2008, p. 378.
² Les Guérillères, Paris, Minuit, 1969, p. 127.