Exposition "Habiter l'instable"
Exposition de pièces de diplômes Art et Sculpture, Espace, Société 2026
Les diplômé·es en master Art et en Sculpture, Espace, Société 2026 exposent une sélection de pièces de diplômes dans le hall de TALM-Tours.
Du 25 au 30 juin, le grand public est invité à découvrir une sélection de pièces de diplômes du DNSEP Art et du DNSEP Sculpture, Espace, Société dans les espaces de TALM-Tours. Cet événement est l'occasion pour les habitants de Tours et Tours métropole de venir découvrir les projets artistiques réalisés par les étudiants à TALM-Tours tout au long de leur cursus en DNSEP, Diplôme national supérieur d'expression plastique - valant grade de master Bac +5.
Habiter l'instable
L'instabilité, ou mieux la déstabilisation a longtemps été une valeur artistique, culturelle et politique portée par les artistes modernistes et avant-gardistes. Une gifle au goût du public fut même le titre d'un manifeste futuriste en 1911, signé par des peintres et des poètes russes et ukrainiens qui opposaient les « nouveaux canons » de la déconstruction et de la « destruction créatrice » aux conventions académiques de l'harmonie et de la composition ordonnée qui caractérisaient la culture dominante. Cette dimension oppositionnelle et contradictoire, doublée d'une volonté de s'affranchir et de dépasser les limites esthétiques et morales afin de concevoir de nouvelles formes d'art et de vie, a nourri tant de mouvements artistiques au vingtième siècle, du futurisme et du constructivisme aux différentes branches néo-dadaïstes qu'il serait vain de vouloir tous les nommer ici.
Un des grands troubles que nous vivons aujourd'hui réside dans une reprise de ces valeurs par des acteurs industriels, technologiques et politiques, situés idéologiquement à l'opposé des positions exprimées par les artistes, poètes, autrices et musiciennes modernistes et d'avant-garde. La destruction créatrice est ainsi aujourd'hui, dans sa version soft (la disruption d'un marché ou d'une méthode de management) comme dans sa version hard (le transhumanisme techno-fasciste) qui peuvent se combiner, promue comme une valeur de transformation radicale de l'humanité et de nos humanités, du vivant et de nos rapports au vivant. Utopies et dystopies se renvoient la balle, telles deux faces de la même pièce, les récits s'affolent, des perspectives s'ouvrent pour les déjà puissant·es, se bouchent pour l'immense majorité des individus qui subissent déjà les effets de ces bouleversements.
Aussi, la création artistique contemporaine, dans tous ses domaines et médiums, semble désormais plus affairée à questionner les états des lieux, à prendre soin des lieux, des environnements, des personnes et des communautés diverses affectées par les ressacs conservateurs et fascisants, par les atteintes portées aux droits, aux environnements et aux différentes formes du vivant. Nos étudiant·es n'y échappent pas, bien au contraire. Leurs pratiques, recherches et propositions artistiques témoignent de nécessaires reformulations esthétiques et éthiques par rapport aux différentes situations d'instabilité et de chocs émotionnels vécus, au rythme des informations qui égrènent, du matin au soir, du proche au plus lointain, de nouvelles raisons d'inquiétude, voire de sidération.
L'instabilité est désormais une donnée, un état environnemental reconnu par tou·tes, dans lequel il s'agit désormais d'y voir plus clair pour pouvoir engager des gestes, des actes, des procédures poétiques, des propositions artistiques qui résistent à l'hypnose de l'actualité et génèrent des désirs de transformation et de métabolisation positives. Une nouvelle forme de romantisme semble désormais possible, en résonance avec le romantisme historique – il était déjà question de réponse à une crise et à un sentiment de désenchantement du monde à l'époque -, mais actualisé au regard des enjeux écologiques, sociaux, culturels et sanitaires contemporains. Aux troubles du temps et aux affirmations testostéronées de certitudes, peuvent répondre l'intensité poétique d'œuvres troublantes et fortes de leur propre incertitude.
- Tristan Trémeau et Vincent Voillat
professeurs, coordinateurs des 5e année Art et SES, et co-commissaire de l'exposition Habiter l'instable