Transcontemporain·es : imaginer les contre-futurs
Avec Marion Zilio
Marion Zilio, enseignante-chercheuse, philosophe, critique d’art et curatrice est l'invité de Noémie Sauve, professeure de dessin à TALM-Le Mans, dans le cadre du cycle de conférences Actualités de l'art.
Transcontemporain·es : imaginer les contre-futurs
En érigeant sa vision du monde comme seule vérité universelle, la pensée occidentale a longtemps imposé une interprétation univoque de la réalité, servant surtout à légitimer ses violences coloniales, patriarcales et impérialistes.
Alors que l’urgence climatique intensifie le sentiment de fin du monde, émergent des formes de plurivers issus de la prise en considération des réalités décoloniales et non-humaines. Mais ce pluralisme cosmopolitique s'accompagne d'une nouvelle forme de domination des imaginaires. Des multivers hollywoodiens aux métavers de la Silicon Valley, des simulations par IAg aux récits complotistes, les mondes contemporains se déploient dans une configuration baroque où prolifèrent des réalités concurrentes et toxiques.
En cherchant à prédire nos comportements, orienter nos désirs et calculer les futurs possibles, ce « techno-fascisme » confisque nos devenirs. Le temps n'est plus l'horizon de l'histoire mais un territoire à coloniser, optimiser et exploiter.
Face à cette captation du futur, il devient nécessaire d'inventer un temps transcontemporain, capable d'intriquer les temporalités plutôt que de les soumettre à une trajectoire unique. Il ne s'agit plus d'habiter un seul monde, mais de composer avec la pluralité des perspectives, des mémoires et des vivants afin d'imaginer des contre-futurs. Comment vivre dans cette intrication des mondes et des temps ?
Marion Zilio est enseignante-chercheuse, philosophe, critique d’art et curatrice.
HDR et docteure en Esthétique, sciences et technologies des arts, elle développe une recherche située à la croisée de la philosophie contemporaine, des cultures visuelles et des pratiques curatoriales, selon un prisme résolument intersectionnel et élargi au vivant.
Son travail explore les récits techniques et les zones liminales de l’individuation. Elle mène également des recherches sur les « écritures mobiles », et la manière dont celles-ci expérimentent divers points de vue, traversent d’autres dimensions ou temporalités, et renégocient en permanence ce que les historiographies dominantes ont patrimonialisé.
Elle est notamment l’autrice de Faceworld. Le visage au XXIe siècle (PUF, 2018 ; Polity Press, 2020), Le livre des larves. Comment nous sommes devenus nos proies (PUF, 2020 ; Cactus éditions, 2022). Son dernier essai La lutte des mondes. Délire et fascisme à l’ère des multivers est paru en 2026, au PUF.